Novembre 2015    Imprimer cet article

Les cibles d’exploration et leur impact sur l’industrie minière au Québec

Mehdi A. Guemache
Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles

Quelque 85 cibles d’exploration seront dévoilées le mardi 24 novembre, à 9 h, lors de Québec Mines 2015.

Chaque année, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) dévoile des cibles d’exploration minérale à l’occasion du congrès Québec Mines. Ces cibles ont été mises au jour par les géologues du Ministère à la suite des travaux géoscientifiques réalisés dans plusieurs régions du Québec, comme l’Abitibi, le Nunavik, la Côte-Nord, la Baie-James, les Appalaches, etc. Toutes les informations relatives à ces cibles d’exploration sont compilées et consignées dans des documents promotionnels (PRO) et versées dans la base de données numérique du Système d’information géominière du Québec (SIGEOM).

Elles correspondent soit à des sites avec des teneurs anormales en métaux (cibles anomales ou indicielles, selon les seuils prescrits1), soit à des contextes géologiques spécifiquement propices à la découverte de certaines minéralisations (cibles contextuelles, comme des zones d’altération, des failles, etc.). La taille de ces cibles est variable; c’est pourquoi il est d’usage, pour des raisons pratiques, de distinguer les cibles ponctuelles (< 100 m), locales (100 m à 1 km) et régionales (> 1 km). Les cibles anomales ou indicielles sont généralement ponctuelles, alors que les cibles contextuelles peuvent être ponctuelles, locales ou régionales.

Il convient de noter que ces cibles d’exploration sont des découvertes à un stade précoce du processus de développement minier, celui de la valorisation2. Des travaux d’exploration sont nécessaires pour obtenir plus d’information et en confirmer le potentiel, qui pourrait ne pas être au rendez-vous. Comme pour tous les travaux géoscientifiques, le succès n’est pas garanti.

Certaines découvertes faites par des géologues du Ministère ont quand même abouti des années plus tard à des projets miniers concrets et prolifiques. La mine de fer et de titane du Lac Tio, au nord-est de Havre-Saint-Pierre, en exploitation depuis 1950, en est un bon exemple (Joseph A. Retty, RG-019, 19443).   

Ainsi, des dizaines de titres miniers (claims) sont acquis chaque année par des compagnies d’exploration privées ou des prospecteurs indépendants à l’aide du système GESTIM (Gestion des titres miniers) sur des cibles mises au jour par le MERN.

L’expérience montre que l’industrie réagit généralement de deux façons à la diffusion des cibles d’exploration, notamment en relation avec la typologie de celles-ci. La première, qu’on qualifiera de réponse rapide, se produit dans les quelques minutes à quelques jours après la diffusion. Elle concerne les cibles ponctuelles (surtout indicielles) et certaines locales. Dans ce cas, la cible est le principal, sinon l’unique élément déclencheur. La seconde est une réponse tardive et s’étale sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Elle concerne davantage les cibles régionales, qui ne sont alors qu’un élément déclencheur parmi d’autres, tels les prix des métaux, le développement des infrastructures adjacentes, les méthodes d’exploration et d’exploitation, etc.

Par exemple, en 2013, 29 cibles cartographiques, incluant 8 indices, ont été identifiées dans des secteurs ouverts à l’exploration pour lesquels il n’y avait pas de claims. Dans le mois qui a suivi leur diffusion à Québec Mines 2013, plus de 130 titres miniers ont été acquis sur 15 cibles essentiellement ponctuelles, parmi lesquelles les 8 indices mentionnés plus haut. Ainsi, une réponse rapide a été notée sur 100 % des cibles indicielles. Dans l’année qui a suivi, trois autres cibles, toutes régionales, ont généré environ 90 réclamations de titres miniers.

L’on aura compris, de façon implicite, que le principal paramètre de jugement dans cet exercice est la relation spatio-temporelle entre les cibles et les titres miniers désignés après leur diffusion. Si cette relation est généralement forte dans le cas des réponses rapides (figure ci-dessous), elle l’est relativement moins dans le cas des réponses tardives. En effet, dans ce dernier cas, on ne peut affirmer que les jalonnements ont effectivement été suscités par les cibles du Ministère, en particulier celles de dimension régionale. L’examen des revues de presse divulguées par les compagnies peut lever cette incertitude quand celles-ci citent clairement des travaux du MERN pour appuyer leurs campagnes d’exploration, quoique de façon accessoire.

Quoi qu’il en soit, l’exemple présenté ci-dessus, extrait d’une analyse en cours plus exhaustive, montre que l’industrie s’intéresse de près aux résultats des travaux géoscientifiques du MERN.

Exemple de jalonnement massif (en marron) sur une cible d’exploration locale (cible numéro 11, 13-SS-2235; voir PRO 2013-02) juste après sa diffusion à Québec Mines 2013 (réponse rapide). Les titres miniers en gris étaient déjà actifs à la date de diffusion. Les losanges jaunes correspondent à des indices déjà connus.

1. sigeom.mines.gouv.qc.ca/signet/html/I3202_seuil.htm
2. /www.mern.gouv.qc.ca/publications/mines/processus-developpement-mineral.pdf
3. mininghalloffame.ca/fr_inductees/p-r/joseph_arlington_retty

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