Février 2015    Imprimer cet article

La fin des mines de mercure

Louis Bienvenu, ing., et Katrie Bergeron, ing.
Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles

Le 10 octobre 2013, Environnement Canada a annoncé que le Canada avait signé la Convention de Minamata. Cette convention est le fruit de négociations entre 140 pays, sous l’égide des Nations-Unies.

Cette convention a pour objectif de réduire au minimum l’exposition des humains au mercure. Les principales dispositions de cette convention portent sur des mesures visant à :

Cette convention prévoit notamment qu'en 2020 des produits utilisant du mercure, comme les thermomètres, devront avoir disparu. Les États s’engagent à ne pas autoriser l’ouverture de nouvelles mines de mercure et un délai de 15 ans est accordé pour fermer les mines de mercure existantes et arrêter l'usage du mercure dans des activités minières artisanales.

L’intoxication au mercure à Minamata

C’est pour se rappeler du cas le plus grave d’intoxication au mercure qui s’est passé au cours du 20e siècle à Minamata (Japon) que la Convention porte le nom de cette ville. En effet, de 1932 à 1966, environ 400 tonnes de mercure ont été rejetées dans la baie de Minamata par une usine de produits chimiques.

L'empoisonnement subséquent au mercure a affecté d'abord les poissons, puis les chats, puis des enfants qui n'arrivaient plus à parler, à marcher ni à manger et enfin des femmes enceintes, qui ont donné la maladie à leurs enfants. Officiellement, 13 000 personnes (dont 900 sont décédées) ont été victimes de ce déversement.

L’utilisation du mercure

La consommation mondiale de mercure est d’environ 2 000 tonnes par année dont la moitié est utilisée en Chine dans la production de polymères de vinyle pour les peintures, colles et autres produits du genre. Le mercure est également utilisé par les orpailleurs artisanaux et dans un certain nombre de produits courants dont les amalgames dentaires, les interrupteurs, les lampes fluorescentes, les instruments médicaux et de laboratoire, les batteries, les substances de traitement des semences, les crèmes antiseptiques et antibactériennes et les crèmes pour éclaircir la peau.

Les mines de mercure

La seule mine de mercure au Canada, la mine Pinchi Lake en Colombie-Britannique, a cessé ses activités en 1975. Elle a été en exploitation de 1940 à 1944 et de 1968 à 1975. Au Québec, il n’y a jamais eu de mine de mercure et, actuellement, il n’y a pas de travaux d’exploration en vue du développement d’une mine de mercure.

En 2011, la Chine était le premier producteur de mercure avec 72 % de la production mondiale suivie du Kyrgyzstan avec 13 %. Ce sont les deux seuls pays où il y a encore des mines de mercure. L’autre 15 % de production qui reste provient du recyclage ou de sous-produits de l’extraction minière. La Chine a signé la Convention de Minamata et le Kyrgyzstan ne l’a pas signée.

Deux grands émetteurs de mercure

Les plus grands émetteurs de mercure dans l’environnement sont les centrales thermiques au charbon et l’extraction minière artisanale d’or.

Les centrales thermiques au charbon

La production d’électricité par des centrales au charbon est très répandue dans le monde à l’instar des gisements de charbon. À titre d’exemple, elle compte pour 75 % de la production d’énergie en Chine et 50 % aux États-Unis. Comme il y a environ 1 mg de mercure dans chaque kilogramme de charbon, l’utilisation de ce matériau émet de grandes quantités de mercure dans l’air. Aux États-Unis seulement, les 600 centrales émettent quelque 50 tonnes de mercure dans l’air. En Chine, c’est au-delà de 100 tonnes de mercure qui sont rejetées dans l’air annuellement.

En vertu de la Convention de Minamata, les États sont tenus de mesurer leurs émissions et d’élaborer un plan d’action pour les diminuer. Les États-Unis ont promulgué de nouvelles règles concernant les émissions atmosphériques, dont le mercure, pour les centrales au charbon. Selon les experts, l’implantation des nouvelles règles va éviter 11 000 décès prématurés aux États-Unis qui pourraient être causés par les émissions toxiques de ces centrales au charbon.

Ces nouvelles règles américaines ont un effet direct sur la principale technologie de contrôle des émissions de mercure par les centrales au charbon, l’injection de charbon activé. En effet, en juillet dernier, la firme Roskill a rapporté que les ventes mondiales de charbon activé sont en forte progression et qu’il faudra en augmenter la production pour suffire à la demande à partir de 2017.

Extraction minière artisanale de l’or

L’extraction de l’or à l’aide du mercure est pratiquée encore à grande échelle dans les mines artisanales d’Amérique latine, d’Afrique et d’Océanie.

La technique consiste à traiter les boues aurifères avec du mercure pour former un amalgame (un alliage de mercure avec un autre métal), puis chauffer l’amalgame pour faire évaporer le mercure et liquéfier l'or.

Les orpailleurs sont ainsi doublement exposés au mercure; lorsqu’ils le mélangent au minerai à mains nues et lorsqu’ils brûlent l’amalgame pour récupérer l’or. Les experts estiment que cette méthode expose de 10 à 15 millions d'orpailleurs dans le monde à des doses toxiques de vapeurs de mercure. Près de 50 % d’entre eux auraient des symptômes d'ordre neurologique caractéristiques de l'empoisonnement au mercure.

Sur le plan mondial, cette pratique d’orpaillage produit des émissions atmosphériques de mercure de l’ordre de 300 tonnes par an.

Au Pérou seulement, cinquième producteur mondial d’or, les mineurs artisanaux produisent 18 tonnes d’or par année et rejettent 32 tonnes de mercure dans les rivières. Ce secteur non réglementé de l’industrie minière du Pérou fait vivre 40 000 chercheurs d’or et leurs familles.

En vertu de la Convention de Minamata, les États, sur le territoire desquels sont menées des activités d’extraction minière et de transformation artisanales et à petite échelle d’or, doivent prendre des mesures pour réduire et, si possible, éliminer l’utilisation de mercure et de composés du mercure dans le cadre de ces activités. Le Pérou a signé la Convention de Minamata.

Mais il y a de l’espoir pour les orpailleurs péruviens. En 2010, un groupe de professionnels péruviens a conçu et fabriqué un équipement ne nécessitant pas l’utilisation de mercure pour extraire l’or, un dispositif appelé « ECO-100V ». Il a été testé avec succès; il permet de récupérer 95 % de l'or présent, de recycler 90 % de l'eau de procédé et de ne consommer que 0,2 litre d'essence pour le cycle de production. Son coût de quelque 5 000 $ correspondrait à deux mois de travail pour un orpailleur.

Cet appareil fonctionne grâce à un petit moteur thermique qui crée des millions de bulles minuscules qui séparent l’or du sable noir pour le faire flotter. Le procédé est si efficace qu’il permet de récupérer jusqu’à 20 % de plus de minerai par rapport aux méthodes traditionnelles utilisant du mercure. Cela devrait être un bon incitatif pour les producteurs d’or artisanaux. 

Impact de la Convention sur le MERN
et le développement minier

Certains éléments de cette convention interpellent le MERN :

Actuellement, les modalités d’application de cette convention sur le territoire du Québec n’ont pas été définies, principalement pour le secteur minier, mais les autorités compétentes sont saisies de cette situation. Comme le MERN devra faire rapport des mesures prises pour appliquer cette convention, il devra faire l’inventaire des sites miniers qui seraient contaminés au mercure et présenter un plan d’action pour les restaurer.

D’autre part, ne pas autoriser d’activité d’extraction de mercure sur le territoire n’affectera pas le développement des ressources naturelles en soi puisqu’il n’y a pas de telles activités prévues à court et moyen terme. Cependant, il est possible que ce refus d’autoriser un type quelconque d’extraction des ressources minérales requière d’apporter une modification à la Loi sur les mines.

Un fait demeure : c’est la première fois qu’en tant que signataire d’une convention internationale, le Canada, et par ricochet le Québec, n’autorisera pas l’extraction minière d’une substance minérale.

Pour en savoir plus : http://www.mercuryconvention.org/

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