Juin 2007    Imprimer cet article

Projet Manitou-Goldex :
partenariat MRNF-Mines Agnico-Eagle

Johanne Cyr

Parmi les sites miniers abandonnés au Québec, le site Manitou, dont la superficie s’étend sur près de 200 hectares, est de loin celui qui présente le plus important défi de restauration. Au fil des ans, la dispersion et l’altération des résidus générateurs de drainage minier acide ont eu un impact majeur sur le milieu récepteur, en particulier la rivière Bourlamaque. L’État considère qu’il y a urgence à restaurer ce site.

À la suite de la faillite du dernier détenteur des droits miniers en 2003, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) a pris en charge le site Manitou. Plusieurs scénarios ont été étudiés pour la restauration du site. L’utilisation des résidus d’usinage de la mine Goldex de Mines Agnico Eagle limitée (MAE), située dans le secteur ouest de la ville de Val-d’Or apparaît une solution des plus efficientes (coûts/efficacité) pour restaurer le site Manitou.

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Le projet Manitou-Goldex représente un cas type de développement durable tout en étant un projet innovateur et générateur d’économies. Le partenariat MRNF-MAE permettra de remettre dans un état satisfaisant le site minier Manitou. De façon plus précise, des habitats fauniques y seront recréés, les pertes d’habitat de poisson de la rivière Bourlamaque seront compensées par la revitalisation de ce segment de la rivière et, finalement, l’utilisation du territoire sera optimisée, notamment en évitant la création d’un nouveau parc à résidus miniers d’envergure et en réduisant l’utilisation de ressources naturelles telles que le sable, le gravier et l’argile.

De plus, ce projet aura des retombées économiques régionales considérables puisqu’il permettra la création d’un nombre important d’emplois dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue.

Les travaux de restauration ont commencé en 2006 et se poursuivront pendant approximativement 12 ans, soit la durée estimée d'exploitation de la mine Goldex.

Description du site et problématique

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Ruisseau Manitou
Le site Manitou est situé à environ 15 km au sud-est de Val-d’Or en Abitibi-Témiscamingue. L’exploitation d’un gisement de zinc et de cuivre, entre 1942 et 1979, a généré près de 11 Mt de résidus miniers générateurs de drainage minier acide.

Ces résidus rejetés dans deux parcs à résidus sans confinement adéquat se sont dispersés en périphérie de la
zone de déposition et le long du ruisseau Manitou sur une distance de 6,5 km, jusqu’à la rivière Bourlamaque.

Les processus d'érosion éolienne et d'érosion hydrique ont largement contribué à l’étalement des résidus et à la production de drainage minier acide. On considère actuellement qu’une superficie de 200 hectares est affectée par la présence de résidus miniers et de divers contaminants générés par les processus d’oxydation des sulfures métalliques présents dans les résidus miniers de Manitou.

Une approche de partenariat novatrice

Le partenariat entre le MRNF et MAE pour la restauration du site minier Manitou est un bel exemple d’application des principes de développement durable. Ce partenariat comporte de nombreux avantages. Il permettra entre autres de :

Projet Manitou-Goldex

Le projet Manitou-Goldex a pour objectif de restaurer le site Manitou en utilisant les résidus de la mine Goldex afin de recouvrir et de neutraliser les résidus générateurs de drainage minier acide de la mine Manitou. Les résidus de la mine Goldex sont exempts de sulfure et de cyanure. De plus, le potentiel neutralisant de ces résidus permet de neutraliser l’acidité dans les eaux interstitielles des rejets du site Manitou entraînant une hausse de pH et la précipitation des métaux, en solution dans les eaux interstitielles, sur place.

Les résidus de la mine Goldex seront acheminés sous forme de pulpe épaissie à 55 % solide, par un pipeline d’une longueur d’environ 24 km jusqu’au site Manitou. Le plan de déposition des résidus miniers de la mine Goldex prévoit l’aménagement de quatre zones et d’un bassin de polissage avant le rejet des eaux surnageantes dans le milieu récepteur.

Deux parcs d’urgence seront aménagés pour réduire les risques associés au transport des résidus. Le premier, Goldex Sud, d’une capacité de 5 Mt est situé à proximité de l’usine Goldex. Le second utilisera les aménagements du site East Sullivan qui se trouve en amont du site Manitou, du côté ouest de la rivière Bourlamaque.

Les travaux s’étaleront sur une période estimée à 12 ans, soit la durée prévue d’exploitation de la mine Goldex. De plus, la fermeture du site prévoit la végétalisation du site et la stabilisation des berges de la rivière Bourlamaque. Enfin, l’aménagement d’un marais et la restauration d’habitats fauniques, notamment l’habitat du poisson, seront intégrés aux travaux de restauration du site.

Travaux réalisés

Au cours de l’hiver 2006-2007, plus de 10 km de fossés ont été creusés afin de détourner les eaux non contaminées d’une partie du bassin versant dans le but de réduire le volume d’eau en contact avec les résidus miniers, principalement dans les zones d’épanchement et dans le ruisseau Manitou. Le bassin versant, dont la superficie initiale était de plus de 1 700 hectares, a ainsi été réduit à 690 hectares.

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Zone d'épanchement
Ces travaux visent, à court terme, à diminuer l’érosion des résidus et le lessivage des contaminants vers la rivière Bourlamaque. Afin de minimiser l’impact des eaux contaminées s’écoulant à partir du secteur nord vers le bassin versant de la rivière Colombière, elles ont été détournées vers le ruisseau Manitou.

La construction d’un chemin d’accès permanent, reliant l’entrée du site jusqu’à la rivière Bourlamaque, est presque terminée. Ce chemin sera utilisé pour la mise en place du pipeline ainsi que pour la surveillance et l’entretien au cours de l’opération.


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Delta en bordure de la rivière Bourlamaque
En parallèle, les résidus accumulés en bordure de la rivière Bourlamaque et dans la partie aval du ruisseau Manitou ont été excavés sur une longueur d’environ 1,5 km. Plus de 350 000 m3 de résidus ont été transportés dans la zone principale des parcs à résidus miniers actuels qui seront reprofilés avant d’être recouverts par les résidus de la mine Goldex.


En moyenne, 300 mm de sol naturel sous la limite des résidus miniers ont été excavés. Les résultats des analyses effectuées sur le sol laissé en place se situent dans la plage A-B de la Politique sur les sols contaminés, découlant de la Loi sur la qualité de l’environnement.

Travaux à venir

L’aménagement sur le site Manitou et la construction des infrastructures pour le transport des résidus seront réalisés d’ici la fin de 2007. Les premiers essais de traitement de minerais sont prévus au début de 2008. Ainsi, dès le printemps 2008, le transport des premiers résidus de la mine Goldex vers le site Manitou pourrait s’effectuer.

Un programme de suivi de la qualité des eaux et des performances du recouvrement sera mis en œuvre dès le début des opérations. Ces données serviront à mesurer le degré d’atteinte des objectifs de restauration et à optimiser le plan de déposition et les méthodes de travail tout au long du projet.

Partenariat gouvernement–industrie et développement durable

Les discussions amorcées en janvier 2004 ont mené à la conclusion d’une entente-cadre entre le MRNF, le MDDEP et MAE en novembre 2006 pour la mise en œuvre d’un partenariat gouvernement-industrie ayant pour objectif la restauration du site Manitou en utilisant les résidus de la mine Goldex. Un comité de gestion formé de représentants du MRNF, de MAE et d’un expert indépendant est responsable du suivi technique et budgétaire du projet et de l’application des règles et modalités édictées dans l’entente-cadre.

Ce partenariat gouvernement-industrie pour la réalisation du projet Manitou-Goldex représente une solution gagnant-gagnant pour les partenaires et s’inscrit parfaitement dans un contexte de développement durable.

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