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(PDAC Convention 2007)
Du 4 au 7 mars 2007 >>
 

La croissance fulgurante de l'exploration
pour l'uranium au Québec

Par Serge Perreault, M.Sc. géo.
Adjoint au directeur général
Direction générale de Géologie Québec

L’intérêt de la communauté minière pour l’uranium connaît une montée fulgurante au Québec, après 22 ans de relative inactivité. Cet engouement pour l’uranium est lié directement à son prix sur le marché au comptant (Spot market) qui a atteint un sommet à 72 $US la livre à la fin de janvier 2007. Il en résulte une augmentation des dépenses en exploration pour l’uranium qui n’étaient que de quelques dizaines de milliers de dollars en 2000, de 1,36 M$ et de 4,3 M$ en 2004 et 2005 respectivement, et finalement de 16 M$ en 2006 (données de Ressources naturelles Canada et données réelles provisoires de l’ISQ pour 2006). Ces dépenses ont été réparties sur une quarantaine de projets situés principalement dans la Province de Grenville : dans le Témiscamingue (Kipawa), dans l’Outaouais (Fort-Coulonge), dans les Laurentides (Mont-Laurier) et sur la Côte-Nord (Baie-Johan-Beetz – Aguanish), dans le bassin sédimentaire des monts Otish (au nord-est de Chibougamau) et dans la partie est du Nunavik (dans la Zone Noyau) et les roches métasédimentaires de l’Orogène des Torngat (Groupe de Lake Harbour)) .

Nous présentons ici deux secteurs qui ont attiré l’attention du monde de l’exploration minière en 2006, en raison des résultats obtenus et de l’ouverture de nouveaux territoires d’exploration: le bassin des monts Otish et le secteur de la Zone Noyau au Nunavik.

Le bassin d’Otish, l’Athabasca du Québec?

Le potentiel uranifère du bassin sédimentaire paléoprotérozoïque des monts Otish est souvent comparé avec celui du bassin sédimentaire mésoprotérozoïque de l’Athabasca en Saskatchewan (la production d’uranium dans le bassin de l’Athabasca représente le tiers de l’approvisionnement mondial). Le bassin des monts Otish recèle plusieurs indices uranifères typiques des gîtes d’uranium associés à des discordances (ex. : rivière Camie et lac Beaver). Le Supergroupe d’Otish est caractérisé par des dépôts fluviatiles à la base (le Groupe d’Indicateur) et des dépôts de bassin marginal vers le sommet (Genest, 1989). Le Groupe d’Indicateur est composé de grès subarkosiques à arkosiques. Ces roches sont traversées par des dykes et filons-couches de gabbro du Paléoprotérozoïque.

En 2006, plusieurs compagnies étaient actives dans le secteur des monts Otish dont les compagnies Cameco (le plus gros producteur mondial d’uranium à faible coût avec 20 % des parts du marché) et la compagnie junior Ressources Strateco inc. Les résultats prometteurs obtenus par Ressources Strateco sur la propriété Matoush (indice A.A. Matoush) mettent en relief le potentiel des minéralisations du type filonien associé à une zone de cisaillement dans des roches sédimentaires.

D’après Ressources Strateco inc. et des travaux antérieurs réalisés par Uranerz Exploration and Mining en 1984, le faciès de chenaux actifs dans les grès du Groupe d’Indicateur est propice à la mise en place de la minéralisation uranifère. Cette unité est recoupée par une faille postdépôt et des filons couches de gabbro ayant joué un important rôle dans la mobilisation et la concentration de l’uranium le long de la faille, ce qui rehausse l’intérêt de cette propriété. Les meilleures intersections récentes obtenues en forage sont de :

  2,1 % U3O8 sur 12,4 m dont une intersection de 4,7 % U3O8 sur 3,3 m
    (forage MT-06-30, communiqué de presse du 22 décembre de Ressources Strateco);
  1,01 % U3O8 sur 14,1 m dont 2,01 % U3O8 sur 5,2 m (forage MT-06-4,
    communiqué de presse du 22 décembre de Ressources Strateco).

La compagnie a suivi la structure (faille) Matoush sur une distance de 8 km et elle a été forée sur près de 730 mètres. Ressources Strateco inc. mentionne également que la largeur (épaisseur) vraie des intervalles minéralisés n’a pas encore été déterminée.

L’indice uranifère Matoush diffère du modèle des gîtes d’uranium associé à une discordance. Il présente plutôt des similitudes avec les filons uranifères associés à des zones de cisaillement, à la différence que la zone minéralisée se trouve au-dessus de la discordance, dans les unités de grès et non dans les roches du socle comme à Rabbit Lake ou à Beaverlodge dans le nord de la Saskatchewan (production de plus de 25 000 tonnes d’U entre 1950 et 1982).

La Zone Noyau des orogènes du Nouveau-Québec et des Torngat, un nouveau Rössing?

La Zone Noyau représente un nouveau territoire pour l’exploration de l’uranium. Elle a été mise en évidence à la suite de la découverte de zones anomales en uranium dans les sédiments de fonds de lacs prélevés par le Ministère en 1997. De plus, les nouveaux indices uranifères qui y ont été mis au jour au cours de 2006 laissent présager que cette région pourrait devenir une province métallogénique uranifère.

La Zone Noyau (anciennement connue sous les vocables de Province de Churchill ou de Rae) forme le socle rocheux de la partie orientale du Nunavik. Elle est coincée entre les roches volcanosédimentaires et magmatiques paléoprotérozoïques des orogènes du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador) à l’ouest et des Torngat à l’est, à la frontière Québec–Labrador. Toutes ces roches ont été affectées par les épisodes de déformation et de métamorphisme de l’orogenèse trans-hudsonienne (~ 1,85 à 1,75 Ga). La Zone Noyau est composée, en grande partie, de gneiss tonalitiques, de granitoïdes et d’intrusions mafiques d’âge Archéen à Mésoprotérozoïque. La Zone Noyau est divisée en plusieurs domaines lithotectoniques séparés par de grands corridors de déformation (figure 2; Wardle et al., 2002). Des veines et dykes de pegmatite granitique syn à tardi-hudsoniens recoupent le socle archéen de la Zone Noyau et les roches des orogènes du Nouveau-Québec et des Torngat.

Entre la formation du socle archéen et son exposition à la surface (vers 2,5 milliards d’années (Ga)), la formation des séquences volcanosédimentaires du Paléoprotérozoïque (~ 2,1 à 1,85 Ga) et la mise en place finale des derniers magmas granitiques, sous la forme de pegmatite (vers 1,75 Ga), il s’est écoulé plus de 750 millions d’années où l’uranium a pu être mobilisé et transporté lors d’épisodes d’érosion, de déformation et de métamorphisme, puis déposé et concentré sous la forme de minéralisations dans des roches sédimentaires, dans des granites et pegmatites ou dans des pièges structuraux. Ainsi, le vaste territoire de la partie est du Nunavik, à l’est des roches de la Fosse du Labrador, représente un terrain fertile pour divers types de minéralisations uranifères dont celles associées :

  à des intrusifs granitiques de type Rössing (Namibie production de 3 711 tonnes à une
    teneur moyenne de 330 ppm d’U en 2005, représentant 7,7 % de la production mondiale,
    Rössing Mine Plc) et de madawaska (Ontario production totale de 4,54 tm à 0,0997 %
    d’U3O8et de 4.295.281 kg d’U entre 1957 et 1982; Alexander, 1982);
  à de l’uranium filonien rattaché à des zones de cisaillement majeures de type Beaverlodge;
  à de l’uranium rattaché à une discordance ou à des roches sédimentaires du type
    Athabasca dans les groupes de Lake Harbour et de la Hutte Sauvage.

Toutefois, il est fort probable que les minéralisations uranifères primaires potentiellement présentes dans les groupes de Lake Harbour et de la Hutte Sauvage ont été remobilisées dans des unités ou des structures propices à l’accumulation d’uranium à la suite du métamorphisme et de la déformation de l’orogènese trans-hudsonienne.

Groupe de Lake Harbour

Le Groupe de Lake Harbour (2,1 à 1,9 Ga) est une séquence volcano-sédimentaire de l’Orogène des Torngat. Il est composé de paragneiss quartzofeldspathiques, alumineux et graphiteux, de séquences de marbres calcitique et dolomitique de roches calcosilicatées, de quartzite et de roches volcaniques mafiques. Ces roches sont recoupées par la suite mafique de Nuvilik et par des granitoïdes et des pegmatites.

Le Groupe de Lake Harbour (2,1 à 1,9 Ga) est une séquence volcano-sédimentaire de l’Orogène des Torngat. Il est composé de paragneiss quartzofeldspathiques, alumineux et graphiteux, de séquences de marbres calcitique et dolomitique de roches calcosilicatées, de quartzite et de roches volcaniques mafiques. Ces roches sont recoupées par la suite mafique de Nuvilik et par des granitoïdes et des pegmatites. La compagnie junior URANOR y mène des travaux depuis les deux dernières années.

Le socle gneissique de la  Zone Noyau

La propriété uranifère Rae Nord (figure 2), du tandem Exploration Azimut inc. et Northwestern Mineral Ventures inc., est située au sud et au sud-est du village de Kangiqsualujjuaq, à l’embouchure de la rivière Georges, sur la côte orientale de la baie d’Ungava. Le socle rocheux de la propriété est composé de gneiss tonalitique et granitique et d’intrusions tardi-archéennes de granite et de pegmatite. On y trouve également des lambeaux tectoniques de roches supracrustales du Groupe de Lake Harbour et de la suite mafique de Nuvulialuk (Verpaelst et al., 1999).

La principale zone minéralisée est située à l’intérieur d’une zone de forte anomalie radiométrique (de 2 000 à 30 000 chocs par seconde) qui s’étire sur environ cinq kilomètres. Des anomalies d’uranium ont été décelées dans les sédiments de fonds de lacs et l’analyse préliminaire du levé radiométrique héliporté a permis de déceler 14 anomalies de longueur supérieure à un kilomètre, dont 7 ont une longueur supérieure à trois kilomètres. La minéralisation uranifère a été observée dans des pegmatites, des granites et des gneiss. De l’uraninite a été observée et analysée par microsonde électronique dans des échantillons provenant de deux sites. Vingt-deux échantillons ont révélé à l’analyse des teneurs supérieures à 0,05 % U3O8 (500 ppm), provenant de 10 indices uranifères distincts sur la zone Rae-1 de la propriété Rae Nord. Quatorze échantillons ont retourné à l’analyse des valeurs supérieures à 0,1 % U3O8 (ou 1000 ppm) et les meilleures teneurs sont de 0,59 %, 0,57 %, 0,46 %, 0,3 % et 0,22 % U3O8.

Plus au sud, sur la propriété Rivière Georges, composée de sept blocs de claims dispersés entre la rivière Georges et la frontière Québec–Labrador, dans la région des lacs Brisson et Mistinibi, Ressources Freewest Canada a mis au jour quatre indices uranifères. Ces minéralisations uranifères sont localisées à l’intérieur de dykes de pegmatite granitique qui recoupent le socle gneissique de la Zone Noyau. La zone minéralisée s’étire sur près de 2,6 km sur une largeur de 700 mètres. Les meilleures valeurs obtenues sont de 0,384 et 0,132 % U3O8, sur des échantillons choisis provenant de la propriété Stewart Lake Trend. Les teneurs provenant d’échantillons choisis de roche en place et de blocs erratiques sont comprises dans un intervalle de 100 à 1000 ppm. Sur l’indice Abigail, un échantillon, prélevé d’un dyke de deux mètres de largeur d’une pegmatite granitique, a retourné à l’analyse des teneurs de 0,369 % U3O8.

Bases de données pour l’exploration

De vastes territoires demeurent peu explorés pour l’uranium en raison du manque de données radiométriques et géologiques. Le levé de géochimie de sédiments de fonds de lacs réalisé en 1997 dans le Nunavik, par le Ministère et cinq partenaires privés, a permis de mettre au jour d’importantes zones anomales en uranium le long et à l’est de la rivière Georges et dans la région limitrophe du Québec et du Labrador entre le 54e et le 58e parallèle. La Direction générale de Géologie Québec a publié une carte hors série, mise à jour en janvier 2007, intitulée « Uranium dans l’environnement secondaire et minéralisations d’uranium ». Cette carte met en valeur la géochimie de sédiments de fonds de lacs et de ruisseaux et les minéralisations connues provenant de la base de données du SIGÉOM.

Références

ALEXANDER, R.L., 1982., Geology of Madawaska Mines Limited, Bancroft, Ontario. Dans Uranium deposits of Canada, CIM special volume 33, p. 61-69.

GENEST, S., 1989, Histoire géologique du bassin d’Otish, du Protérozoïque inférieur, Québec, thèse de doctorat non publiée, Université de Montréal.

VERPAELST, P , BRISEBOIS, D., PERREAULT, S., SHARMA, K.N.M., DAVID, J., 2000, Géologie de la région de la rivière Koroc (24 I) et d’une partie de la région d’Hébron (14 L), Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, RG 99-08, 62 pages.

WARDLE, R. J., JAMES, B., SCOTT, D. J., HALL, J., 2002, The Southeastern Churchill Province: synthesis of a Paleoproterozoic transpressional orogen, Canadian Journal of Earth Sciences; volume 39, nº 5, pages 639-663.

Autres lectures suggérées sur les types de gîtes uranifères au Canada et dans le monde :

Géologie des types de gîtes minéraux du Canada , révision par O.R. Eckstrand, W.D. Sinclair et R.I. Thorpe, Commission géologique du Canada, Géologie du Canada, nº 8, 1996. Voir les sections sur les gîtes d’uranium 1.1, 1.2, 7, 8.1, 12, 13, 14, 21 et 22.

Dahlkamp, F.J., 1993, Uranium ore deposits, Éditeur Springer-Verlag, New-York Berlin Heidelberg; 460 pages.

Van der Leeden, J., Bélanger, M., Danis, D., Girard, R., Martelin, J., 1990, Lithotectonic domains in the high-grade terrain east of the Labrador Trough (Quebec), dans The early Proterozoic Trans-Hudson Orogen of North America, Lewry, J.F. et Stauffer, M.R., éditeurs, Geological Association of Canada, Special Paper 37, pages 371-386.