Février 2009    Imprimer cet article

L'exploration de l'uranium au Québec - une mise à jour

Par Pierre Lacoste et Patrice Roy
Bureau de l’exploration géologique du Québec
Direction générale de Géologie Québec

Après plus d’une vingtaine d’années de relative inactivité, l’exploration pour l’uranium au Québec a explosé en 2007 à la suite de la montée fulgurante du prix de l’uranium. Cet intérêt pour l’exploration de l’uranium s’est maintenu durant l’année 2008, malgré une baisse de son prix sur le marché mondial. L’engouement pour ce métal est lié directement à son prix sur le marché au comptant (spot market) qui a atteint un sommet à plus de 130 $US la livre en juin 2007. Depuis ce pic historique, le prix de l’uranium a subi une diminution importante, comme la plupart des métaux. Les prix « spot » (spot market) de l’uranium représentent environ 15 % du marché alors que 85 % des transactions sont conclues sous la forme de contrats à long terme, généralement à un prix supérieur au prix « spot » (Sidex, 2004).

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Évolution du prix de l’uranium sur le marché au comptant, de 1995 à 2008

Évolution du prix de l’uranium sur le marché au comptant, de 1995 à 2008
(source: Ux Weekly).

Actuellement, la production d’uranium provenant des exploitations minières en activité est insuffisante pour combler la demande mondiale. L’accès à d’autres ressources en uranium est donc nécessaire pour combler les besoins. Même en considérant les sources autres que l’uranium, comme le désarmement nucléaire, la production d’uranium devra augmenter de plus de 20 000 tonnes par an pour assurer l’approvisionnement pendant les dix prochaines années.

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Production d’uranium et consommation des réacteurs dans le monde occidental

Production d’uranium et consommation des réacteurs dans le monde occidental
(source : World Nuclear Association).

Au Canada, la production d’uranium est concentrée essentiellement dans la province de la Saskatchewan, premier producteur d’uranium au monde. Au Québec, aucune mine d’uranium n’est en production; nous en sommes toujours au stade de l’exploration. Les différentes étapes des travaux en exploration sont longues, laborieuses et très coûteuses. Les dépenses en exploration pour l’uranium qui n’étaient que de quelques dizaines de milliers de dollars en 2000 sont passées de 1,3 M$ en 2004 à 70,9 M$ en 2007.

Dépenses en travaux d'exploration et de mise en valeur en M$ pour l'uranium au Québec

Année

2004

2005

2006

2007

Dépenses (M $)

1,3

4,3

22,0

70,9

Source : Raymond Beullac de l'Institut de la statistique du Québec.

Ces dépenses ont été réparties sur plusieurs projets situés principalement dans le bassin sédimentaire des monts Otish (au nord-est de Chibougamau), dans la région de la Baie-James, dans la partie est du Nunavik (dans la Zone Noyau), dans les roches métasédimentaires de l’Orogène des Torngats et dans le Grenville, notamment sur la Côte-Nord (Baie-Johan-Beetz – Aguanish). Les travaux dans la région du Témiscamingue (secteur Kipawa), dans l’Outaouais (secteur Gatineau) et dans les Laurentides (Mont-Laurier) ont été mineurs ou absents.

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Les secteurs chauds pour l'exploration de l'uranium

Les secteurs en effervescence

Actuellement, les secteurs les plus recherchés et prometteurs pour l’exploration de l’uranium sont les régions du bassin des monts Otish, la Baie-James et la zone sud de la baie d’Ungava et des Torngats. Les contextes géologiques associés à ces secteurs ont été décrits dans le numéro du bulletin Québec mines de février 2007. Un sommaire des derniers résultats est présenté dans les paragraphes qui suivent.

Monts Otish

Dans les monts Otish, plus d’une vingtaine de projets ou cibles font l’objet de travaux par plusieurs compagnies d’exploration, notamment les majeures Cameco et Areva-Québec ainsi que les compagnies juniors Ressources Strateco inc., Exploration Dios inc. et Majescor. Le secteur des monts Otish est reconnu depuis plusieurs années pour son potentiel uranifère et plusieurs indices sont typiques des gîtes d’uranium associés à des discordances, soit le même type que l’on trouve en Saskatchewan. Toutefois, le projet le plus avancé au Québec, le projet Matoush de Ressources Strateco, est un gisement de type filons uranifères associé à des zones de cisaillement. Il renferme des ressources indiquées de 250 000 tonnes à 0,68 % U3O8 et des ressources inférées de 1,3 Mt à 0,44 % U3O8. La compagnie a terminé une étude d’opportunité et prévoit effectuer des travaux d’exploration souterraine dans la prochaine année.

Zone Noyau des orogènes du Nouveau-Québec et des Torngats

Cette zone représente un nouveau territoire pour l’exploration de l’uranium. Elle a été mise en évidence à la suite de la découverte de zones anomales en uranium dans les sédiments de fonds de lacs prélevés par le Ministère en 1997. La Zone Noyau (anciennement connue sous les vocables de Province de Churchill ou de Rae) forme le socle rocheux de la partie orientale du Nunavik. Elle est composée en grande partie de gneiss tonalitiques, de granitoïdes et d’intrusions mafiques d’âge Archéen à Mésoprotérozoïque. Des veines et des dykes de composition pegmatite granitique recoupent le socle archéen de la Zone Noyau et les roches des orogènes du Nouveau-Québec et des Torngats. Ainsi, le vaste territoire de la partie orientale du Nunavik, à l’est des roches de la Fosse du Labrador, représente un terrain fertile pour divers types de minéralisations uranifères.

Cependant, les minéralisations associées à des pegmatites (type Rössing) semblent les plus prometteuses. Plusieurs zones anomales d’extension kilométrique ont été signalées par la compagnie Exploration Azimut inc. Des analyses de roches ont retourné des valeurs uranifères supérieures à 1 000 ppm (0,1 % U3O8) et les meilleures teneurs sont de l’ordre de 0,59 %, 0,57 %, 0,46 %, 0,3 % et 0,65 % U3O8, atteignant jusqu’à 3,3 % U3O8 sur des échantillons choisis. Plus au sud, sur la propriété Rivière Georges, composée de blocs de claims dispersés entre la rivière Georges et la frontière Québec–Labrador, Ressources Freewest Canada a mis au jour quatre indices uranifères. Ces minéralisations uranifères sont localisées à l’intérieur de dykes de pegmatite granitique qui recoupent le socle gneissique de la Zone Noyau. La zone minéralisée s’étire sur près de 2,6 km et sur une largeur de 700 mètres. Les meilleures valeurs obtenues sont de 0,453 % et 0,132 % U3O8, sur des échantillons choisis provenant de la propriété Stewart Lake Trend. Les travaux de Areva-Québec, sur son projet Cage, ont permis de mettre au jour des teneurs atteignant 8,13 % U3O8 sur un échantillon choisi, l’échantillonnage d’une rainure a rapporté 0,45 % sur 1 mètre et d’autres cibles ont aussi été échantillonnées.

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Distribution des indices d'uranium en 2008

Autres secteurs mis en évidence par les anomalies de fonds de lacs

À la Baie-James, notamment dans le secteur Apple, plusieurs autres points chauds ont été signalés dans des environnements propices à la découverte de gîtes d’uranium de type discordance ou filons uranifères. Par exemple, l’indice Apple, dans des conglomérats uranifères pyriteux, a fait l'objet de travaux par Mines Virginia et Ressources Strateco. Plus à l’est, Midland Exploration et Quest Uranium ont obtenu des teneurs élevées sur des échantillons choisis. La minéralisation uranifère est aussi souvent associée avec des pegmatites granitiques recoupant les gneiss ou dans des mobilisats granitiques.

Dans la portion centre-nord du Québec (Bienville et Lac Minto) , la compagnie Exploration Azimut inc. effectue différents types de travaux de géophysique, de géochimie et de prospection sur plusieurs anomalies ou cibles. Les résultats obtenus indiquent des teneurs jusqu’à 0,32 % U3O8 sur des échantillons et des teneurs atteignant 0,90 % U3O8. Plusieurs cibles ont aussi été définies par géochimie de fonds de lacs. Ces secteurs offrent ainsi de nouveaux potentiel et territoires pour la recherche d’uranium.

Côte-Nord

Le potentiel en uranium de la Côte-Nord est connu depuis la fin des années 1970. La plupart des travaux datent de plusieurs années, mais on note un regain de l’exploration dans ce secteur, notamment à la suite de l’augmentation du prix de l’uranium. Les travaux se concentrent surtout dans la région de Baie Johan-Beetz-Aguanish où quelques gîtes avec des ressources historiques (non-conformes à la norme 43-101) sont connus. Récemment, le secteur a fait l’objet de travaux, entre autres par Exploration Azimut inc., Kennecott et Ressources d’Arianne. Des teneurs jusqu’à 0,43 % U3O8 et des quantités appréciables de terres-rares ont été signalées dans une pegmatite. Un gîte détenu par Uracan dans le secteur de Baie-Johan-Beetz, Double S, renferme des ressources de 74 Mt à 0,012 % U3O8. De plus, d’autres indices ont été mis au jour, plus au nord, grâce aux anomalies de sédiments de fonds de lacs et aux anomalies radiométriques aéroportées. Des échantillons choisis ont notamment rapportés des teneurs atteignant 0,33 % U3O8. Enfin, dans le secteur de Sept-Îles Nord, le principal dépôt faisant la manchette est celui du lac Kachiwiss, détenu par Terra Ventures. Ce dépôt contient des ressources historiques (non-conformes à la norme 43-101) de 18,3 Mt à 0,015 % U3O8. Récemment, la compagnie a effectué des forages pour vérifier les ressources historiques et des travaux de géophysique aéroportée afin d’évaluer le potentiel des régions avoisinantes.

La majorité des dépôts connus sur la Côte-Nord sont associés à des pegmatites granitiques. Il s’agit de minéralisations à faible teneur et fort tonnage s’apparentant à celles de la mine Rossïng en Namibie, un gisement de l’ordre de 300 Mt à 0,03 % U3O8, soit la quatrième exploitation d’uranium en importance dans le monde. Sur la Côte-Nord, l’uranium se trouve aussi associé aux dépôts de type cuivre-or-oxydes de fer comme dans le cas de l’indice Kwijibo. Encore une fois, ce type de dépôt a le potentiel de produire d’immenses dépôts avec de faibles teneurs. À titre d’exemple, le gisement Olympic Dam en Australie est évalué à 2 000 Mt dont 1,4 Mt de U3O8 à une teneur de 0,06 %, ce qui en fait le plus gros dépôt d’uranium au monde.

À titre d’information, au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, le seuil inférieur pour identifier un indice d’uranium est de 425 ppm U, soit de 500 ppm ou 0,05 % U3O8 (uranium sous forme d’oxyde). Afin de soutenir l’exploration pour l’uranium, la Direction générale de Géologie Québec a publié une carte hors série, mise à jour en 2009, intitulée « Uranium dans l’environnement secondaire et minéralisations d’uranium ». Cette carte met en valeur la géochimie de sédiments de fonds de lacs et de ruisseaux et les minéralisations connues provenant de la base de données SIGÉOM. D’autres levés géochimiques ont été effectués au Québec ainsi que des levés radiométriques.

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